La position perchée de Gourdon, construit sur le roc, à 758 m d’altitude et dominant toute la vallée du Loup, lui a conféré un rôle défensif. Gourdon a souvent servi de place forte. Il est occupé dès l’époque romaine, puis par les Sarrasins, du VIIIe au Xe siècle. Une première forteresse est bâtie au ixe siècle. Au xiie siècle, les comtes de Provence, seigneurs de Gourdon, édifient le château sur ces fondations. Les fortifications, aux murailles infranchissables, ont contribué à faire jouer au village un rôle de sentinelle, qu’il conserve jusqu’à son occupation par les Allemands, pendant laSeconde Guerre mondiale. L’après-guerre met un terme à cette fonction défensive et le village se tourne vers le tourisme. Ce regain d’activité met un terme à la baisse de la population, due à l’exode rural et amorcée au xixe siècle.
Gourdon accueille désormais plus d’un million de touristes par an.Le village, très ancien, est bâti sur un pic à peu près absolu aux pentes raides, rocheuses, nues, fantastiques, dominant la vallée du Loup. C’est le vrai type du village féodal. Les roches sur lesquels il est bâti lui servaient de remparts, le rendaient inexpugnable à l’époque féodale. Le Château féodal le ferme à la partie Ouest. Le Nord est la seule partie accessible. Là on voit encore les anciens et solides remparts qui fermaient ce côté. Sa position géographique en fait un lieu fortifié depuis la haute Antiquité qui résista, tout au long de l’Histoire, aux invasions et aux guerres qui ensanglantèrent la Provence.
Gourdon et sa forteresse furent jusqu’en 1235 possessions des comtes de Provence, avant de passer à la famille de Grasse-Bar, puis par mariage aux Villeneuve-Flayosc, pour aboutir en1550 aux Borriglione d’Aspremont qui vendront la seigneurie le 24 mars 1597 à Louis de Lombard, un opulent avocat de Grasse. Les Lombard héritent du titre de marquis de Montauroux, suite à un mariage en 1672.Du temps des Sarrasins à celui de la reine Jeanne et des bandes de Raimond de Turenne, les habitants de Gourdon, à chaque épreuve, résisteront et dompteront les assauts de leurs adversaires : les Sardes, l’armée de Charles Quint viendront buter sur leur résistance opiniâtre.Longtemps désertique, ce ne fut que le « site de Gordo », qui deviendra « Gordon » et enfin Gourdon. Un œil d’aigle surveillant les gorges du Loup, la terre jusqu’à la mer.Les Barbares s’y installent puis viennent les rois francs. Le « Nid d’aigle » devient un refuge pour les paysans de la vallée. L’abri naturel se fait place forte. Nous ne sommes qu’au ixe siècle. Mais déjà trois siècles avant que Paris ne pose la première pierre du Louvre, le château de Gourdon existe. Certes différent de ce qu’il est aujourd’hui mais les fondations sont toujours là, scellées dans le roc, témoins d’un passé vieux de mille ans.À partir de là le destin de Gourdon est d’être sentinelle en armes, surveillant l’horizon de la mer, contrôlant les troupes en convoi. Place avancée de la France face à la maison de Vintimille, futur Comté de Nice mais terre alors étrangère et hostile. Et cela au point qu’au xiie siècle, les comtes de Provence, pour muscler leur frontière, dessinent là les plans d’une vraie forteresse.
L’occupation du pays par les troupes sarrasines commence en l’an 700 pour finir en 937, date à laquelle les Maures furent chassés de leurs derniers refuges.Aux ixe et xie siècles, une première forteresse est édifiée pour se protéger des Sarrasins ; sur ses soubassements un autre château est construit auxiiie siècle, puis remanié au siècle suivant dans « l’esprit toscan ». C’est cette bâtisse qu’acquiert le comte de Provence, Raymond Bérenger, avant de la céder à son neveu.Au xiie siècle, les comtes de Provence élèvent une place forte sur les fondements de la forteresse du IXe alors qu’ils organisent la défense de leur frontière entre le comté de Vintimille et le comté de Provence. « Gordon » devient « Gourdon » : site fortifié sur l’à-pic rocheux. Il reste de cette construction le plan général avec, aux angles, trois tours rondes et la grosse muraille faisant rempart au nord et qui regarde en direction de la routePré-du-Lac – Gréolières.La seigneurie de Gourdon appartient jusqu’au 3 avril 1235 aux comtes de Provence et successivement à la famille de Grasse, seigneur du Bar, puis aux Villeneuve. Louis de Villeneuve reçut en 1469 l’hommage des habitants de Gourdon, Charles VIII en 1495 le confirme dans le privilège et la haute juridiction des lieux. Le château échoit alors aux Bourillon d’Aspremont et ensuite aux de Lombard. Durant les guerres de la Ligue, Henri Charles de Grasse Canaux, commande la place qu’il a occupée et tient tête aux ligueurs du haut de cette forteresse inexpugnable. En mars 1597 et novembre1598, Louis de Lombard acquiert la totalité de la seigneurie de Gourdon pour 12000 écus. En cette circonstance, Henri IV, protecteur de Messire Louis de Lombard, exonère des droits fiscaux et de mutation en reconnaissance de ses loyaux services dans les guerres de religion, lettres patentes du 30 août 1597 portant la signature autographe d’Henri IV, revêtues du sceau royal (exposées au château).Les Lombard héritent du titre de marquis de Montauroux, suite à un mariage en 1672. Louis de Lombard fit refaire et modifier en partie le château qui avait été endommagé pendant les guerres de religion. Les arcades et le premier étage du château furent construits en 1610 dans l’esprit des arcades de la Place des Vosges à Paris, bâties à la même époque (1607). Le deuxième étage du château fut édifié en 1653 par Francois de Lombard qui épousa en 1654 Gabrielle de Grimaldi ; le Grand Condé, Duc d’Enghien, distingue ledit seigneur de Gourdon pour, « s’étant trouvé à la bataille de Rocroi le 19 mai 1643, y avoir très dignement servi sa Majesté et perdu un bras d’un coup de canon ».Pendant les guerres de la succession d’Autriche, en 1746, le Lieutenant Général de Guise logea au château de Gourdon et eut dans le parc un duel avec le Comte de Bissy.L’histoire de la Révolution à Gourdon se fit sans luttes ni violences. Jean Paul Ier de Lombard, alors seigneur de Gourdon, n’émigra pas. Sa présence, ses idées libérales sauvèrent son château de la dévastation. Acquis aux idées nouvelles, il se soumit de bon gré aux lois découlant du changement de régime. Retiré à Grasse dans son hôtel, il y mourut en 1799.En 1794, le sieur Cavalier chargé de vérifier les châteaux afin de constater "ceux qui sont revêtus de marques de féodalité" pour les faire démolir, dit que celui de Gourdon a quatre tours. Il ne fut pas détruit, seules ses tours eurent à souffrir, celle du nord abattue, les trois autres réduites. Jean Paul II de Lombard est le dernier des Lombard. Il est en 1785 capitaine au régiment Royal Lorraine Cavalerie. Il est Maire de Gourdon le 7 octobre 1809 et meurt en 1820 à Grasse. Celui-ci lègue le château à son neveu le marquis de Villeneuve-Bargemon dont les héritiers vendront la demeure en 1918 à une Américaine, Miss Noris, qui ouvre un musée en 1938. Citoyenne américaine, elle devient le seigneur de Gourdon jusqu’à sa mort. Cédé à la comtesse de Zalewska, le manoir appartient aujourd’hui à Laurent Negro, qui a hérité du château en 1997, à la mort de son père, célèbre homme d’affaires français.En 1950, il est ouvert à la visite mais ne prend définitivement sa vocation de monument historique qu’en 1971, quand il s’ouvre aux collections qui y sont exposées. Il est inscrit à l’inventaire des monuments historiques le 7 décembre 1972.